/ utopies gravitaires

Photos A.R.N

Laboratoire Topographique

Massif des Écrins/ / AURA  /Juinr 2019

Durée: 3 jours

Corps participatif

/ Aventures perceptives / Paysages / in situ / maintenant

Bivouac est un stage, un laboratoire, une expédition artistique. Il utilise un corpus d'expériences perceptives, somatiques ou chorégraphiques pour jouer à observer nos relations (extra)quotidiennes  au paysage.

BIVOUAC #3

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Ce troisième Bivouac -hivernal - a eu lieu autour d’Ailefroide, lieu mythique du massif des Écrins, non loin du glacier blanc et de la barre des écrins qui culmine à plus de 4000 mètres. Territoire d’histoires alpines et de dénivelés. 

Des expériences épiques, catastrophiques, météorologiques, astronomiques :

Rencontrer le glacier flottant  / Sieste Sas sur les Iles rousses / Habiter son îlot, être plante en milieu extrême  / Roche Prisme ou le devenir Fissure   / Hypersols et fosses de subduction   / pop archaïsme et les étoiles des profondeurs / Déniveler les fagots  en métamorphse boisés / Géométrie totémique et grisgris des cimes  / Montagne architectoniques /

peinture de Charles Henri CONTENCIN

….#nature  #écrins  #art contemporain  #laboratoire chorégraphique avec les éléments  #déluge  #pluie  #grêle  #neige  #viens on retourne au studio  #ailefroide  #ça caille  #le réel c’est la maladie du rêve  #regarder avec des yeux ouverts à voir des choses  #bouger avec un corps ouvert à ressentir des choses  #sensation  #danse de la brume  #danse du glacier  #l’eau ça coule vers le bas, les glaciers ça fond vers le haut  #H20 dans tout ses états  #tu prends la molécule, tu la tords, tu la retournes #sacre bleu  #exister à l’échelle moléculaire #alpinisme gonzo  #pelvoux arrête de penser  #la barre des écrins c’est dans ma tête  #le manque et l’addiction  #les mouvements se perdent, l’énergie se conserve #des sols tout autours de soi  #la gravité dans tous les sens  #interactions élémentaires  #good vibes  #électro-magnétisme  #la berceuse de Jupiter  #planétarium  #dans les étoiles  #les par hasards  #les coîncidences  #la réalité est toujours plus forte  #peur du vide  #au bord de moi même  #les larmes qui montent  #le ventre qui travaille  #et la nature tranquille  #les pas tranquilles  #café morfine  #merde j’ai plus de batterie  #génération 2.0  #follow sur insta  #gravitation neutre….Elsa Ferret (stagiaire chercheuse)

Le Bivouac 3 correspond globalement à 3 jours d’une explosion créatrice collective, parfois régressive, parfois ratée, souvent subjuguante. Elle m’a fait prendre conscience de la sécheresse de la scène, le lieu habituel de l’activité artistique. La puissance des montagnes au lieu de nous écraser nous portait. Le glacier qui descendait vers nous, l’eau, la neige, la grêle, concouraient à nous communiquer une force artistique. La sécheresse de la scène était effacée par le moelleux des pelouses, le spongieux des îles, le craquant de la neige, la multiplicité des formes et des prises offertes pas les rochers et les grottes. En ces endroits, tout devenait ferment de créativité….. Eric Cordier (stagiaire chercheur).

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…Marcher en confiance, dans l’amour. Être sur ces appuis et ne pas avoir peur de trébucher.  Tourner, se recentrer.  Glacier, eau figée pour des centaines d’années, molécules prisonnières du froid, mais pourtant toujours vivantes, vibrantes, glissantes, mémoire de la nature. Nuage soleil, brouillard, soleil, grêle, soleil, tout devient possible à force d’imaginer – je peux même déplacer quelque chose à l’intérieur de moi que je croyais figé à jamais.  S’unir, se fédérer pour construire quelque chose de nouveau...  Emmanuel Borgo  (stagiaire chercheur).

…..il a confectionné 3 paquets de 6 branches et nous les avons ficelés en de solides fagots qui devaient tenir jusqu’en haut de la montagne. Nous avons formé trois équipes mixtes, cela aurait été infernal de monter le fagot sans se faire relayer. Il est trop long, on ne peut le tenir en largeur, il se prend dans les rochers devant nous et dans les arbres derrières. Il faut sans cesse le passer d’une épaule à l’autre pour éviter les obstacles. Se relayer permet surtout de relaxer les épaules. Un passage au début de la montée a été particulièrement difficile. Le sentier était très irrégulier avec des marches plutôt importantes. Garder le fagot en équilibre en montant ces obstacles était éprouvant. Ensuite, j’avais plus que l’impression de ne pas avoir dormi la nuit. C’est là que ce travail d’équipe prenait tout son sens. Quel bonheur quand E prenait le relais, ce n’est pas seulement qu’elle me soulageait, mais je me remettais à «voir» le sentier. Porter le fagot, ce n’est que de la gestion, il faut gérer les obstacles devant, gérer les obstacles derrière, ne pas s’arrêter trop brusquement au risque embrocher son compagnon à l’arrière et ne pas tomber sur celui qui vous précède. Lorsque je ne portais plus le bois, je revoyais le paysage. J’en ai pris conscience en remarquant qu’une racine pouvait ressembler à un éléphant et qu’une souche une peu brûlée évoquait un renard en pleine course. Avec le fagot, rien de tout cela n’était possible. Nous étions des équipes équilibrées car nous sommes montés tous à la même vitesse. D’ailleurs lorsqu’on ne porte pas le fagot, et si on le suit de prêt, on adopte un peu l’attitude du torero, écartant les jambes ou le torse pour éviter de se faire trouer par le mélèze lors des à-coups de la marche. J’aurais pu éviter cet exercice supplémentaire, mais je m’en faisais comme un jeu, et il m’aurait suffi de laisser un écart de 1 à deux mètres pour ne pas devoir esquiver sans cesse. J’ai été impressionné par la force et la résistance développée par E, mais je ne lui ai même pas dit, ou alors de façon si indirecte que ça ne pouvait être compris. On a fini par arriver en haut tout de même et nous avons fait différents exercices entre les averses de grêle avant que L ne nous dise à quoi devait servir le bois… Eric Cordier (stagiaire chercheur).

Vidéo : Michael Jasmin